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Les Possédés (Les Démons)

Fédor Dostoïevski

« Livre confus, mal bâti, ridicule souvent et encombré de théories apocalyptiques », écrit un critique français en 1886. C’est pourtant à mon sens le meilleur livre de Dostoïevski, et le plus prophétique.

Ecrit suite au Congrès de la Paix à Genève en 1867 où l’auteur a assisté, effaré, à l’annonce de la mort du vieux monde par des socialistes, ce livre « sera un pamphlet, soit, mais [Dostoïevski] dira ce qu’[il] pense ». Notamment, que les nihilistes des années 1870 ne sont que les enfants des libéraux des années 40.

Mais l’auteur y ajoute une dimension philosophique, amenée en particulier par le personnage de Stavroguine, véritable incarnation du mal absolu et héros du roman. Aristocrate dévoyé, il est pour ainsi dire arrivé, par une volonté surhumaine, Par delà le bien et le mal. Et sa confession à l’évêque Tykhon est bel et bien le point d’orgue du récit. Cependant, comme le titre l’indique, Stavroguine n’est pas le seul possédé de ce livre qui raconte l’histoire d’un complot anarchiste dans une ville de province. Trois personnages notamment, Verkhovenski le manipulateur, Kirilov le suicidaire exalté et Chatov le slavophile peuvent être considérés comme trois facettes du héros.

Et malheureusement, si cette œuvre est prophétique, ce n’est pas, comme Dostoïevski l’espérait, parce que tous les démons finiraient par sortir de la Russie pour mourir, comme en Luc 7, 32-36, mais bien plutôt car elle annonçait avec clairvoyance les futures révolutions russes.

Philippe Coulomb