« Retour à la liste des résumés

La Mouche dans le bocal - Essai sur la liberté de l'homme neuronal

Dominique Laplane

Le Pr. Dominique Laplane, ancien professeur de neuropsychologie à la Salpêtrière, synthétise dans ce livre un ensemble de réflexions sur la nature de la pensée, par lesquelles il renvoie dos à dos matérialistes et idéalistes.

Il constate d'abord qu'on ne peut démontrer que la pensée est un artefact de la matière, ni d'ailleurs la proposition inverse, en se basant sur des considérations psychologiques. Par un examen minutieux des thèses antérieures sur la relation pensée-matière, il montre que cette relation (au sein du cerveau) doit être décrite de manière axiomatique, toute position tranchant le sujet étant indémontrable. Il réfute donc la thèse idéaliste selon laquelle la matière est un phénomène subjectif, ainsi que la thèse matérialiste selon laquelle l'état psychique est entièrement déterminé par des réactions chimiques cérébrales ; une conséquence de cette dernière proposition serait en effet que l'homme n'est absolument pas libre - au caractère chaotique des réactions près : c'est « la liberté d'une mouche dans un bocal ».

Enfin, il propose une axiomatique qu'il veut - sans le dire - d'inspiration chrétienne : selon lui, on peut décrire la pensée comme s'identifiant à la matière, à une transformation près ; et d'autre part, la conscience de chaque homme serait une instance d'une « Pensée Universelle ». Il tente ensuite d'explorer rapidement les conséquences de ces propositions, montrant qu'elles sont cohérentes avec l'anthropologie.

Si ce livre a le mérite de pointer clairement l'erreur du matérialisme, et celle de l'idéalisme, tout en montrant que la distinction n'est pas claire - les pires matérialistes utilisant des arguments subjectivistes, il opère une confusion totale des plans psychologique et spirituel, ce qui contredit l'idée chrétienne de distinction entre le Créateur et la créature : en "injectant" Dieu dans les phénomènes naturels, il prend le risque de glisser vers le panthéisme. En revanche, les découvertes neurologiques les plus récentes ne le contredisent pas du tout (La Mouche dans le bocal date de 1987), d'abord car l'auteur apporte une description très satisfaisante de ce phénomène, et ensuite car le livre se base sur des principes philosophiques et des notions scientifiques très générales, ce qui rend sa lecture aisée et agréable. Un excellent ouvrage, pas trop long, que tout scientifique chrétien doit avoir lu, à moins de n'en connaître déjà davantage à ce sujet.

Matthias Bry